Le ciel est vide et je suis fatigué.

Publié le par Arnaud de Castéra

 

 

 

Le ciel est vide et je suis fatigué. Fermées les fenêtres, barricadées les portes et bouchées les issues encombrées de gravats. Nous avons effondré les murs et détruit les perspectives. Nos ruisseaux prisonniers sont des égouts qui charrient nos merdes puantes. Nous avons déféqué dans nos vases sacrés et confondu nos mornes ivresses avec l'Extase. Je cherche la Présence et n'entends plus que les battements éperdus de mon coeur enfiévré. Ahuri, hébété, le regard stupide mon voisin enfermé dans son propre tambour. Si proches et suppliants mais en vain. Mais personne. Mais rien. Le ciel est vide et l'horizon plombé.
 
Affolantes fornications éclaboussées de sang. Orgies anthropophages. Messes noires. L'horreur et la démence, crânes épais, ventres obèses, supplications agenouillées, hypocrites ferveurs au mensonge arrogant, haines ! Je vous hais ! Je crierais à crever, à vomir le sang, à dégueuler mes tripes sans éteindre ma haine. Viandards ! Nous avons réussi tous les enfers. Les cohortes affamées nourrissent une poignée de reines grasses, afin que se perpétue la termitière insensée. Repasse moi le plat que je me resserve. Va-et-vient masturbatoires qui ne mènent à rien et ne vont nulle part. Il n'y a plus de direction que circulaire infinie dans un cercle vicieux. Tendresse désolée, solitude, nos lèvres qui se cherchent, baiser pourri ma langue sur ta bouche édentée et fétide. Mort. Triomphants satisfaits éclaboussés de sang.
 
La fourmilière éparpillée grouille dans tous les sens. Nous avons perdu la clef. Y avait-il une clef d'ailleurs ou l'avions nous rêvée ? Une clef d'un ailleurs? Nous avons dépassé tous les horizons et derrière, l'horizon s'est ouvert sur le vide. Nous avons divisé à l'infini jusqu'à l'inconsistance. Constructions mentales ? Des mots, comme l'iceberg, nous ne partageons que la partie émergée, et encore ! Nous ne parcourons pas ensemble la partie émergée, nous ne la voyons pas sous le même angle. Nous y courons, perdus sur un ilot minuscule, ignorant le sens immergé dans nos profondeurs. Nous avons oublié ? Avons-nous jamais su ? L'un ou l'autre vibre et résonne, ça et là, phares isolés aussitôt abattus. On raisonne dans la nuit. L'humanité éparpillée grouille sans aucun sens.
 
Il y eut mille soirs, et autant de matins. Et rien, aurores navrées. A l'origine était le chaos et le chaos à la fin. Absurde et multicolore l'univers se déroule imperturbable, magnifique, comme l'eau se répand, comme coule la lave et jaillit le volcan. Comme un feu qui dévore. Abîmes glauques, insondables, où se déploient d'invraisemblables explosions, ou fusent les soleils par myriades. Pourquoi ? Vertige, angoisse, obscurité, infinie solitude dans une nuit incommensurable. Des milliers de naissances et des morts par milliers. Tant de sang, tant de cris, silences assourdissants, la parole tuée. O Dieu ! Merveilleuse illusion dissipée dont nous pleurons la mort ?  Mais viendra-t-il enfin un Messie ? De l'humanité parturiente et réconciliée naîtra-t-il un essaim ? Affairé, bourdonnant sa joie et vrombissant la Vie, il volerait vers Où ?

 

Il y eut un soir interminable, y aura-t-il un matin ?

 

 

Publié dans Silence de Dieu

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